Accueil > Les pièces > 2003, Le Roi Cerf, de Carlo Gozzi > Critiques > Article de Jacques Donadieu

Article de Jacques Donadieu

article publié par Thomas Portnoy le 9 avril 2004 (modifié le 29 août 2006 et consulté 704 fois).

L’Atelier théâtre 2003

Le Roi cerf

Par Jacques Donadieu

Du 22 au 26 avril 2003 l’Atelier théâtre avait choisi, pour sa 38e saison, de donner six représentations d’une pièce de Carlo Gozzi, Le Roi Cerf.

Jouée pour la première fois en 1762, c’est une adaptation plus contemporaine de Claude Duneton que Brice Parent avait décidé de monter cette année. Véritable gageure que de s’attaquer à un texte, pour tous publics, mobilisant une vingtaine d’acteurs, pendant près de trois heures.

Autant le dire tout de suite, le défi fut relevé et avec une grande maîtrise et si vous n’avez pas vu le Roi Cerf, vous avez eu tort !

Les critiques de représentations scolaires sont en général condescendantes, il faut faire plaisir, ne pas heurter, considérer comme excellent ce qui relève du patronage et des bones œuvres. Dieu merci ce ne fut pas le cas, ce qui facilite grandement ma tâche.

Fermez les yeux, (continuez quand même à lire le texte !) dans la pénombre une harpe égrène des notes, le hautbois lui répond, le fond de scène se découvre pour laisser apercevoir la ligne des toits de Venise et une petite place. Le décor est planté. Quelques homme tout de noir vêtus écoutent une harangue merveilleuse, le début d’un conte où il est question d’un roi, d’amour et de magie et nous voilà à leur suite entraînés.

Après avoir refusé 2748 princesses, le roi Déramo finit par trouver sa future épouse. Son choix déclenche la haine de son Premier ministre qui décide de se venger. Les intrigues, la jalousie, l’envie, la suspicion, l’amour contrarié, mais aussi la pureté des sentiments, la fidélité, sont, comme souvent, le ressort de cette pièce soutenue par un texte plein d’humour et d’une grande beauté.

La musique, composée spécialement pour cette mise en scène accompagne le jeu des acteurs, sert de transition, introduit au rêve.

Brice Parent a choisi de faire jouer en alternance certains principaux acteurs. Il m’a été donné de voir le jeu de tous. A chaque fois l’équilibre entre le talent des uns et celui des autres est finement ajusté. Point de disparité entre les représentations. Le régal fut toujours au rendez-vous. A quoi tient-il de prendre du plaisir ou de se morfondre au théâtre ? La réponse n’est certes pas universelle, mais là, je jeu des acteurs poussé à l’extrême dans les aspects de la farce ou empli d’émotion dans les scènes les plus intimistes fut toujours juste, le don de soi plein et entier...

Nul doute : ils prenaient du plaisir tout en nous en donnant !

Rapidement conquis, le public accompagne l’intrigue, s’esclaffe aux pitreries d’Esméraldine, tentant de séduire le roi, du geste et de la voix de Tartaglia, Premier ministre dont l’hypocrisie outrée se traduit par un maniérisme affecté ; il partage la détresse d’Angéla qui ne reconnaît plus son époux dans un roi au coeur sec qui tue et emprisonne. Emotion à fleur de peau encore dans la rencontre qu’elle fait d’un pauvre hère à l’apparence déroutante sous laquelle se cache le vrai Déramo.
Dans les deux registres sans doute les plus délicats à interpréter au théâtre, la farce et la noblesse des sentiments, le ton et le jeu furent toujours justes.

Une mise en scène sobre, à l’image des décors, deux trois éléments pour situer la scène, un fil que se déroule sans heurts, voilà de la belle ouvrage qui donna ç un public nombreux un vrai plaisir, jusqu’à l’envie de revoir la pièce, marque certaine de l’entreprise réussie.

Après l’empreinte laissée par Pierre Lamy on pouvait craindre que la succession ne soit délicate. Une année de transition écoulée, la relève semble assurée, le « passage de flambeau ... parfaitement réussi. » [1]

[1extrait du courrier de J.F. Vacher-Aveline, directeur de la scène de la Comédie Française

COMMENTAIRES
comments powered by Disqus

Partager